⁢i. La guerre mondiale

Nous allons le voir en nous attardant à la première guerre mondiale qui s’inscrit bien dans cette culture nationaliste ou ultra-patriotique⁠[1] où, il faut bien le reconnaître, les chrétiens eux-mêmes vont oublier l’exigence de paix, gagnés par la violence ambiante, justifiée voire exaltée.⁠[2]

Le nationalisme ou simplement la loyauté citoyenne va l’emporter sur le sentiment catholique, sur l’idéal de paix qui imprègne tout l’Évangile.

La guerre de 14-18 est une guerre paradoxale⁠[3] où chaque protagoniste a l’impression de combattre pour un monde nouveau où, plus jamais, il n’y aura de guerre. C’est, selon l’expression de l’époque, la « der des der »[4]. Au cœur même de cette guerre atroce persiste le sentiment mystique que l’humanité va détruire définitivement les forces du mal⁠[5]. En réalité, cette guerre apparemment terminée, engendrera de nouvelles horreurs. En effet, « les grandes attentes de la guerre, déçues faute de cette parousie du monde meilleur promis pour l’après-guerre, ont été récupérées par les différentes formes de totalitarisme »[6]

En attendant, dès avant la guerre, comme pendant la guerre et même encore parfois après la guerre, bien des chrétiens et des catholiques des deux camps vont témoigner dans ce sens.

Rappelons tout d’abord, que selon les historiens, « les responsabilités dans le déclenchement de la tragédie apparaissent aujourd’hui très partagées »[7]

Voyons tout d’abord ce qui se dit et se fait dans le camp allemand.

Il faut savoir⁠[8] que depuis 1871, depuis la fondation de l’État-nation allemand, l’identité nationale et l’identité protestante ont tendance à se confondre⁠[9]. Selon une interprétation luthérienne de Rm 13, 1-7, le souverain est chef suprême de l’Église et en fonction du sacerdoce universel de tous les croyants, laïcs et pasteurs sont égaux dans la mission évangélique.⁠[10] En 1914, selon la loi, et au contraire de leurs homologues catholiques, les étudiants en théologie, théologiens, et professeurs protestants non ordonnés, sont mobilisables et les pasteurs le sont aussi si les autorités ecclésiastiques estiment que leur présence n’est pas indispensables dans leurs paroisses. Mais le service armé au front leur est interdit. Cette restriction va susciter un vaste mouvement de contestation parmi les pasteurs, le patriotisme l’emportant sur les exigences non-violentes de l’Évangile⁠[11]. Après moult résistances, les autorités civiles et ecclésiastiques laisseront le choix à la conscience de chacun.

De son côté, le parti catholique appelé Le Centre considère la politique impériale comme légitime aussi bien vis-à-vis des budgets de guerre que de la déclaration de guerre. Et, même après la défaite, le député centriste et membre de l’Association populaire pour l’Allemagne catholique, Carl Bachem⁠[12], écrira : « Si jamais guerre fut juste, ce fut le cas de la guerre mondiale en ce qui concerne l’Allemagne et l’Autriche qui menèrent, au sens véritable du mot, une guerre défensive. (…) L’Allemagne ne combattait pas seulement pour son honneur, son patrimoine et sa position dans le monde, elle luttait aussi pour l’idée morale de l’ordre étatique en Europe, pour la justice dans la vie internationale et pour l’égalité des droits des peuples. C’était là la conviction humaine du parti du Centre. »[13]

Dans sa première lettre pastorale de Carême de guerre en 1915, le cardinal F. von Hartmann, archevêque de Cologne, écrit : « L’appel de notre empereur, cet appel par lequel il appela son peuple à un combat contre un monde d’ennemis, à un combat qu’il entreprit la conscience pure, certain de la justice de notre cause, cet appel a été, pour nous tous, un appel de la divine Providence, appel à marcher pour la vérité, le droit et la liberté, mais aussi un appel à nous convertir des voies du péché à Dieu, le Seigneur. Oui, il y a un puissant élan vers Dieu dans tous les cœurs allemands. Nos soldats sont allés au combat sanglant : avec Dieu, pour le roi et la patrie. Avec Dieu, dans le combat auquel nous avons été contraints pour l’avenir et la liberté de notre terre natale bien-aimée ; avec Dieu, dans la guerre pour les biens sacrés du christianisme et de sa culture bienfaisante. Et combien d’exploits n’ont-ils pas déjà pas accomplis par la grâce de Dieu - sous la conduite de leur glorieux chef, l’empereur, et des princes allemands - exploits qui resplendiront dans les âges futurs. »[14]

La haine devient vertu ! L’écrivain allemand, Will Vesper⁠[15], écrit cette prière : « Car cette haine Seigneur Jésus Est le fruit du plus grand amour Ma patrie en profonde détresse Ma haine suivra tous les ennemis jusqu’à leur mort. »[16]

En face, ’évêque de Londres Arthur Winnington-Ingram⁠[17] déclare : « Que ceux qui aiment la liberté et l’honneur, que tous ceux qui font passer leurs principes avant la facilité et la vie elle-même se réunissent en une grande croisade pour tuer des Allemands. Pas pour le plaisir de les tuer, mais pour sauver le monde ; tuer les jeunes et les vieux, tuer ceux qui ont montré quelque charité envers nos blessés autant que les ordures qui ont crucifié le sergent canadien, qui ont supervisé les massacres des Arméniens, qui ont coulé le Lusitania, qui ont utilisé des mitrailleuses contre les civils d’[Aarschot] et Louvain, les tuer, sinon la civilisation et le monde seront eux-mêmes tués. »[18]

Mais examinons de plus près l’attitude des catholiques français.

A la veille de la guerre 14-18, Albert de Mun⁠[19], un des précurseurs du catholicisme social en France, affirme : « Oui la guerre est horrible, source de larmes et de douleurs, féconde cependant, source aussi de grandeur et de prospérité. C’est l’histoire du monde et la leçon des siècles. Il y a pour les nations, comme pour les hommes, des épreuves nécessaires à leur force. »[20] Idéalisée, la guerre devient une « école de vertu et de sacrifices »[21] Après l’appel du 1er août 1917 du pape Benoît XV à la paix, sur lequel nous reviendrons, l’illustre Père Sertillanges⁠[22].], dans l’Église de la Madeleine, en présence de l’archevêque de Paris et des grands corps de l’État (en présence d’une notable partie de l’épiscopat dit Comblin)⁠[23] s’écrie : « Très Saint Père, nous ne pouvons pas pour l’instant retenir vos paroles de paix… Nos ennemis sont demeurés puissants ; l’invasion ne les a pas touchés ; vos solennelles réprobations ne les ont pas fait renoncer aux principes antichrétiens qui les ont guidés. A moins de miracle qu’on peut implorer, mais non garantir, ce qui arriverait demain, c’est que le crime international avorté serait repris. Dès lors, nous ne pouvons croire à une paix de conciliation. Nous nous sentons dans la nécessité d’amener, si nous le pouvons, notre ennemi à connaître l’angoisse, seule leçon qu’il paraisse en état de goûter. Nous le vaincrons… Nous nous sentons une mission imitée de la vôtre, ô vous que travaille et guide l’Esprit universel. Vous avez dit : Utinam renoventur gesta Dei per Francos… C’est fait, Très Saint Père. Telle est notre œuvre actuelle, telle est sa signification, telle est notre espoir… Notre paix ne sera donc pas une paix conciliante. Ce ne sera pas la paix des diplomates, ni la paix de Stokholm… ce ne sera même - et nous le regrettons de toute notre âme - la paix par une paternité s’élançant entre les deux camps : ce sera la paix par la guerre âpre et menée jusqu’au terme, la paix de la puissance juste brisant la violence, la paix du soldat ».⁠[24] Et toujours en ce Noël 17, le Bulletin religieux de l’archidiocèse de Rouen répond au pape en précisant que dans la formule « Et in terra pax… », la paix dont il s’agit ne consiste pas « à tendre la main à nos ennemis, à demander une suspension des armes… Notre volonté est absolue de tenir jusqu’à la victoire finale » parce que « les alliés ne se battent ni pour la prédominance ni pour l’orgueil, ni par vengeance, ni par haine. Ils font la guerre à la guerre ».  Et le texte, non sans audace, se termine en affirmant que cette « mentalité de paix », telle qu’elle vient d’être définie, est conforme au souhait du pape !⁠[25]

Comme nous le disions plus haut, c’est toute l’intelligentsia catholique qui, depuis des décennies, alimente nationalisme, esprit de revanche et haine. L’écrivain français Joseph Péricard⁠[26] adresse cette prière : « Notre Père qui êtes aux cieux, élargissez mon cœur afin qu’il puisse contenir plus de haine. »[27]

Une mystique du métier des armes s’exprime dans l’œuvre des plus grands écrivains catholiques comme Charles Péguy⁠[28], Paul Claudel, Jacques Maritain, Paul Bourget. Même

Pierre Teilhard de Chardin écrit à l’époque : « J’aimerais cent fois mieux lancer des grenades ou servir une mitrailleuse que d’être ainsi en surnombre. »[29]

Mais l’écrivain le plus représentatif de ce courant est incontestablement Ernest Psichari⁠[30]. Non seulement son œuvre⁠[31] est significative mais aussi sa mort⁠[32] dans la mesure où elle va susciter une sorte de culte notamment parmi ses pairs en littérature.

Il faut tout d’abord savoir que Psichari a été marqué par une tradition religieuse et philosophique contre-révolutionnaire dont les deux principaux représentants sont Joseph de Maistre et Blanc de Saint-Bonnet.

A propos de la guerre, Joseph de Maistre⁠[33] rappelle que la guerre a changé de nature : « L’esprit divin qui s’était particulièrement reposé sur l’Europe adoucissait jusqu’aux fléaux de la justice éternelle, et la guerre européenne marquera toujours dans les annales de l’univers. On se tuait sans doute, on brûlait, on ravageait, on commettait même, si vous voulez, mille et mille crimes inutiles, mais cependant on commençait la guerre au mois de mai ; on la terminait au mois de décembre ; on dormait sous la toile ; le soldat seul combattait le soldat. Jamais les nations n’étaient en guerre, et tout ce qui est faible était sacré à travers les scènes lugubres de ce fléau dévastateur.

C’était cependant un magnifique spectacle que celui de voir tous les souverains d’Europe, retenus par je ne sais quelle modération impérieuse, ne demander jamais à leurs peuples, même dans le moment d’un grand péril, tout ce qu’il était possible d’en obtenir : ils se servaient doucement de l’homme et tous, conduits par une force invisible, évitaient de frapper sur la souveraineté ennemie aucun de ces coups qui peuvent rejaillir : gloire, honneur, louange éternelle à la loi d’amour proclamée sans cesse au centre de ’Europe ! Aucune nation ne triomphait de l’autre ; la guerre antique n’existait plus que dans les livres ou les peuples assis à l’ombre de la mort ; une province, une ville, souvent même quelques villages, terminaient, en changeant de maître, des guerres acharnées. Les égards mutuels, la politesse la plus recherchée, savaient se montrer au milieu du fracas des armes. La bombe, dans les airs, évitait le palais des rois ; des danses des spectacles, servaient plus d’u ne fois d’intermèdes aux combats. L’officier ennemi invité à ces fêtes venait y parler en riant de la bataille qu’on devait donner le lendemain ; et, dans les horreurs mêmes de la plus sanglante mêlée, l’oreille du mourant pouvait entendre l’accent de la pitié et les formules de la courtoisie. Au premier signal des combats, de vastes hôpitaux s’élevaient de toutes parts : la médecine, la chirurgie, la pharmacie, amenaient leurs nombreux adeptes ; au milieu d’eux s’élevait le génie de saint Jean de Dieu, de saint Vincent de Paul, plus grand, plus fort que l’homme, constant comme la foi, actif comme l’espérance.

Toutes les victimes vivantes étaient recueillies, traitées, consolées ; toute plaie était touchée de la main de la science et par celle de la charité ! Vous parliez tout à l’heure, monsieur le chevalier, des légions d’athées qui ont obtenu des succès prodigieux : je crois que si l’on pouvait enrégimenter des tigres, nous verrions encore de plus grandes merveilles ; jamais le christianisme, si vous y regardez de près, ne vous paraîtra plus sublime, plus digne de dieu, et plus fait pour l’homme qu’à la guerre. Quand vous dites, au reste, légions d’athées, vous n’entendez pas cela à la lettre ; mais supposez ces légions aussi mauvaises qu’elles peuvent l’être, savez-vous comment on pourrait les combattre avec le plus d’avantage ? ce serait en leur opposant le principe diamétralement contraire à celui qui les aurait constituées. Soyez bien sûrs que des légions d’athées ne tiendraient pas contre des légions fulminantes. »[34]

La guerre est une folie incompréhensible d’un point de vue humain, tout à fait contraire à la nature de l’homme et paradoxale : le bourreau qui punit des coupables est honni alors que le soldat qui tue des innocents est admiré ! Même le doux aime la guerre et celui qui répugne à tuer un animal, « fait avec enthousiasme ce qu’il a en horreur »[35]

Comment expliquer cette « horrible énigme » ?⁠[36] sinon par le caractère divin de la guerre : « les fonctions du soldat sont terribles ; mais il faut qu’elles tiennent à une grande loi du monde spirituel, et l’on ne doit pas s’étonner que toutes les nations de l’univers se soient accordées à voir dans ce fléau quelque chose encore de plus particulièrement divin que dans les autres ; croyez que ce n’est pas sans une grande et profonde raison que le titre de Dieu des Armées brille à toutes les pages de l’Écriture Sainte. Coupables mortels, et malheureux, parce que nous sommes coupables ! c’est nous qui rendons nécessaires tous les maux physiques, mais surtout la guerre. Les hommes s’en prennent ordinairement aux souverains, et rien n’est plus naturel. Horace disait en se jouant : « Du délire des rois les peuples sont punis. » Mais J.-B. Rousseau a dit avec plus de gravité et de véritable philosophie :

« C’est le courroux des rois qui fait armer la terre, »

« C’est le courroux du ciel qui fait armer les rois. » »[37]

La guerre n’est qu’une manifestation de la violence universelle, du « carnage permanent »[38] qui implique végétaux, animaux et humains. « La guerre est donc divine en elle-même, puisque c’est une loi du monde »[39], divine parce qu’elle échappe à toute raison et, pour une part, à la volonté des hommes⁠[40]. Et donc, « qui pourrait douter que la mort trouvée dans les combats n’ait de grands privilèges ? »[41] L’auteur renchérit : « …combien ceux qu’on regarde comme les auteurs immédiats des guerres sont entraînés eux-mêmes par les circonstances ! Au moment précis amené par les hommes et prescrit par la justice, Dieu s’avance pour venger l’iniquité que les habitants du monde ont commise contre lui. »[42] « …nulle part la main divine ne se fait sentir plus vivement à l’homme : on dirait que c’est un département (…) dont la Providence s’est réservé la direction, et dans lequel elle ne laisse agir l’homme que d’une manière à peu près mécanique, puisque les succès y dépendent presque entièrement de ce qui dépend le moins de lui. »[43] « …rien dans ce monde ne dépend plus immédiatement de Dieu que la guerre ; (…) il a restreint sur cet article le pouvoir naturel de l’homme et (…) il aime à s’appeler le Dieu de la guerre (…). »⁠[44]

L’affirmation de la divinité de la guerre se retrouve chez Blanc de Saint-Bonnet⁠[45] qui doit d’ailleurs beaucoup à Joseph de Maistre. Dans son livre La douleur[46], Blanc de Saint-Bonnet cite le passage de l’Oreste d’Euripide, où Apollon déclare : « Il ne faut pas s’en prendre à Hélène de la guerre de Troie ; la beauté de cette femme ne fut que le moyen dont les dieux se servirent pour faire couler le sang qui devait purifier la terre, alors souillé par le débordement de tous les crimes. »  (v. 1639 et svts)⁠[47]. Même si l’on traduit « les dieux ont voulu que la perfection de sa beauté mît aux prises les Grecs et les Phrygiens et causât tant de trépas, pour purger la terre du trop-plein de cette humanité qui pullulait insolemment », l’idée que retient Blanc de Saint-Bonnet est que la guerre est voulue par Dieu pour punir les hommes de leurs fautes. Elle est même « divine parce que, ouvrant carrière au sacrifice, elle forme pour Dieu une foule d’âmes parfaites dans le peuple. »[48]. En effet, « la douleur produit des héros, parce qu’elle ramène de ses mystérieux champs de bataille des âmes fermes et généreuses. Personne n’est entré plus avant dans l’amour que celui qui a vu plusieurs fois la mort, en ces heures solennelles où le moi apporte son abdication. Par une action intérieure, la douleur produit le même effet dans notre âme. Elle tient ainsi secrètement une école d’héroïsme. Il n’y a rien de bon au monde comme les saints et les vieux soldats. » Et en note, il précise : « Le soldat suit la ligne d’éducation du saint. La guerre entreprend et la sainteté accomplit l’école du sacrifice. Toutes deux firent naître en l’homme la soif sacrée de la mort. Le christianisme fit jaillir des légions de martyrs du sein des familles patriciennes et guerrières de Rome. » Et de citer Joseph de Maistre (sans référence) : « Un phénomène remarquable, c’est que le métier de la guerre ne tend jamais à dégrader ni à rendre féroce celui qui l’exerce ; il tend à le perfectionner. L’homme le plus honnête est ordinairement un militaire honnête. Dans le commerce de la vie, les militaires sont plus aimables, plus faciles et plus obligeants que les autres hommes. Au milieu du sang qu’il fait couler, le guerrier est humain, comme l’épouse est chaste dans les transports de l’amour. Le soldat est si noble qu’il ennoblit ce qu’il y a de plus ignoble, en exerçant sans s’avilir les fonctions de l’exécuteur. »[49]. « Pourquoi une sainte amnistie s’élève-t-elle des champs de bataille ? Pourquoi Dieu a-t-il permis la guerre aussi longtemps parmi les hommes ? Pourquoi à cet être qui vit, est-il toujours noble, toujours saint, oui, toujours glorieux et divin de mourir ? - Pourquoi ? Parce que dans la guerre, l’homme se sacrifie. Et là il trouve le moyen de faire comme un peuple de demi-martyrs de ceux qui, par eux-mêmes, ne courraient point au sacrifice. »[50]

Le sacrifice du soldat au combat est sanctificateur parce que la guerre est divine et surtout quand cette guerre est une guerre de la chrétienté. Ce caractère est accentué dans l’œuvre de Psichari.

Bien qu’Alfred de Vigny⁠[51] ait écrit qu’« il n’est point vrai que la guerre soit divine ; il n’est point vrai que la terre soit avide de sang. La guerre est maudite de Dieu et des hommes qui la font et qui ont d’elle une secrète horreur, et la terre ne crie au ciel que pour lui demander l’eau fraîche et la rosée pure de ses nuées »[52], Psichari a été très marqué par une autre affirmation du célèbre poète : « Les régiments sont des couvents d’hommes, mais des couvents nomades ; partout ils portent leurs usages empreints de gravité, de silence, de retenue et cette scrupuleuse exactitude à remplir le vœu sévère de l’obéissance. »[53]. Non seulement le vœu de l’obéissance mais aussi celui de pauvreté. On en retrouvera l’écho dans L’Appel des armes  : « La servitude militaire existe, comme existe la servitude du prêtre (…). Mais il n’y a de libres au monde que ces esclaves. »[54] « Nous sommes de ceux qui rêvent de se soumettre pour être libres. Et quel maître ne faut-il pas maintenant ? C’est le maître du Ciel et de la terre que nous appelons. »[55]

En effet, Psichari lie étroitement l’armée et la foi : « Il me semblait qu’une bataille de prêtres devait être la plus haute émotion humaine. (…) La passion guerrière nous fait désirer de nouvelles richesses spirituelles. »[56] Et la foi, la foi catholique, est elle-même liée à la patrie : « Comment ne pas voir que cette terre est bénie entre toutes, qu’elle est et restera toujours la terre de l’humble fidélité, et que c’est elle que Dieu a choisie quand il veut que quelque chose de grand s’accomplisse ici-bas ? »[57]

Dans un premier temps, dans L’Appel des armes, la vie militaire apparaît à Psichari comme une religion qui l’aide à se structurer moralement⁠[58] mais après sa conversion au catholicisme, la guerre va l’amener à reconsidérer le métier de soldat. La mort apparaît comme un moyen de purifier le pays par le sacrifice de sa vie : « notre mission sur la terre est de racheter la France par le sang »[59]. « Il me semble que nous sommes ramenés à la pensée de la mort, de la mort glorieuse du chrétien, car, ce jour-là, le ciel aussi est en joie. Que cela doit être beau, et quel bonheur de pouvoir y penser dès maintenant, malgré le poids effrayant de notre misère humaine. »[60]

La guerre devient un acte religieux. Il faut, dit-il, « Aller à cette guerre comme à une croisade, parce que je sens qu’il s’agit de défendre les deux grandes causes à quoi j’ai voué ma vie. »[61]

Et quelques jours avant sa mort, le 9-8-1914, il écrit à sa mère : « Nous avons hâte de voir le jour tant désiré où nous pourrons tirer sur les Allemands (…). Nous avons tous le ferme espoir de revenir avec l’Alsace-Lorraine dans nos deux mains. Ce que nous voyons est inoubliable et magnifique. Et ce que nous allons voir sera plus beau encore. »[62]

On peut donc dire que : Psichari « considère que l’armée est un instrument divin, aux ordres de Dieu, dont la mission est de racheter la France, de faire barrage à la barbarie spirituelle germanique, de renouveler le sacrifice de Jésus. » Il a eu « le temps de vivre la guerre comme un acte de piété et de purification, où il retrouvait, à sa façon, les vertus essentielles du christianisme - le sacrifice, le culte des morts, la dévotion, le sens de la mission, l’expiation, le pardon… »[63].

Dans la Préface qu’il écrit pour Le voyage du Centurion, en 1922, Paul Bourget⁠[64] confirme que « le romancier revendique le droit d’associer l’Évangile et l’épée, en vertu d’un texte qui prouve qu’il peut, qu’il doit y avoir ! une doctrine chrétienne de la guerre. Le Christ qui a dit au riche : « Quittez vos richesses », ne dis pas au Centurion : « Quittez votre service. » » (p. V). Et dans le cadre de l’Afrique du Nord où se déroule le roman, le soldat est missionnaire car « la France, en présence de l’Afrique, c’est l’Église en présence de l’Islam, la Croix dressée en face du Croissant. » (XXI) « Il a la charge d’imposer la France partout où il passe. » p. 167. La France ou la vraie foi, c’est tout un. Dans cet esprit, la guerre contre l’Allemagne prend aussi valeur religieuse : « Le centurion du Voyage n’a fait que démêler en lui plutôt le Croisé préfiguré dans tous ceux qui portent l’uniforme de la France. Chez les uns, il apparaît conscient comme chez lui. Les autres ignoreront jusqu’à la fin ce caractère mystique de leur propre action. Le Croisé est vivant dans tous. Il explique pourquoi la guerre comprise à l’allemande nous cause une horreur qui nous révolte dans nos fibres les plus secrètes. C’est que nous sommes les soldats de la chrétienté, et que nous avons devant nous les soldats d’Odin. » (XXII-XXIII). Jacques Maritain avait déjà fait cette analyse en 1915 et en des termes plus radicaux : « Loin de condamner l’Allemagne du mensonge et des massacres (…), Luther la justifie et, d’avance, la lave de ses crimes » les soldats ont « la certitude qu’ils se battent dans le camp de la civilisation contre celui de la barbarie, dans le camp du Christ contre celui du diable. »[65]

Dans cet esprit, la mort du soldat Psichari le fait apparaître comme saint aux yeux de nombre d’écrivains. Ainsi, Barrès : « Péguy, mort. Son ami Tharaud écrit : « Nous avons perdu un saint ». Ernest Psichari, mort. ? Je dis : il y avait en lui autre chose que ce qui fait un artiste. Il y avait la matière d’un saint. »[66] De même, Claudel écrira : « Psichari a vécu comme un héros, il est mort comme un martyr, il est un de ceux dont le noble sang a sauvé et racheté le pays. »[67] Claudel va encore plus loin dans un poème sur la mort de Psichari, où il associe le sang du Christ au sang du soldat:

« Il y a ce grand coup en plein cœur, d’où jaillit de toutes parts le témoignage et la gloire et merci ! L’absolution !

Il y a ce sang généreux qu’il propine[68] à toute la France

Ce sang pour que la terre natale l’absorbe et le médite en silence

Le sang qui s’est ouvert un passage à travers le corps déchiqueté,

(Béni soit le ventre qui t’a conçu et le sang qui t’a allaité)

Il y a cette grande confession rouge ainsi qu’un fleuve spirituel

Et ce sang qui sur l’autel chaque matin se mélange au sang d’Abel ! ». Ailleurs encore, l’auteur de L’annonce faite à Marie fait dire à un de ses personnages : « Je vois le petit-fils de Renan[69]. Que fait-il ? Il est par terre les bras en croix, avec le cœur arraché et sa figure est comme celle d’un ange. Il a le signe sur lui du troupeau de saint Dominique. Tu vois son corps, mais son âme, dis-nous, où est)-elle ? Saint Dominique l’enveloppe dans son grand manteau avec les autres tondus »[70].

Le poète Pierre de Nolhac⁠[71] n’est pas en reste, dès 1915 il consacre un poème à la mort de Psichari:

« Sur la pièce où le frappe un obus du Germain

Fils de l’Esprit, il tombe esquissant de la main

Le signe de la foi qui libère et qui lave. »

Et Jacques Maritain, de nouveau, convaincu que « la pénitence est prescrite dans l’Évangile et [que] les guerres sont des châtiments. »[72], écrira encore que Psichari « était un soldat chrétien, un chevalier de l’ancienne France. Il n’avait rien d’un romantique (…). Il était bien le frère du centurion de l’Évangile ».⁠[73]

Face à ces prises de position bellicistes et à ces louanges, face à cette conviction partagée par les croyants, les incroyants et même par des pacifistes que cette guerre est « une lutte pour la civilisation contre la barbarie » et qu’elle « débouchera sur un temps de renouveau et de paix »[74], rares sont les voix qui s’élèvent contre l’appel aux armes.⁠[75]

Le philosophe Michel Alexandre⁠[76] écrit fin 1916, début 1917: « Le fleuve de sang inonde la terre, vient battre nos maisons, les éclabousse toujours plus haut à mesure que le massacre ajoute victime à victime (…) Fait-il les voir inondés du sang de la croix, comme la mère du Christ, comme ses apôtres, martyrs de la patrie, au cœur percé des sept glaives de la douleur surhumaine. (…) Avons-nous accepté le marché du diable, la mort pour la mort ? Que mon fils, mon mari, mon frère, meure pour assurer, acheter, la mort de l’ennemi exécré. (…) « Caïn, Caïn qu’as-tu fait de ton frère ? » »[77]

L’écrivain Romain Rolland⁠[78] écrit: « (…) Le tragique de notre situation c’est que nous ne sommes qu’une poignée d’âmes libres, séparées du gros de notre armée, de nos peuples prisonniers et enterrés vivants au fon de leur tranchée. Il faudrait pouvoir leur parler et nous ne le pouvons pas (…) Le pourrions-nous que nous n’oserions pas leur dire tout ce que nous pensons, au risque de diminuer leurs forces pour la lutte, de ne pouvoir les délivrer. Ce serait une cruauté de plus. J’en connais tant qui se cramponnent à une foi qu’ils n’ont plus et qui ferment les yeux, pour aller jusqu’au bout de leur tâche. (…) Que pouvons-nous faire ? (…) Aujourd’hui comme hier, demain comme aujourd’hui, sauver dans nos cœurs fidèles la justice, l’amour, la pitié fraternelle, la paix intérieure - les plus purs trésors de l’humanité. Et, d’une nation à l’autre tâchons de nous connaître, tâchons de nous unir. Tâchons de former ensemble au milieu du déluge une de ces îles sacrées, comme aux jours les plus sombres du premier moyen âge un couvent de St Gall offrait son refuge contre les flots montants de la barbarie universelle. (…) Et quand la tempête sera finie nous rendrons aux peuples brisés leurs dieux que nous aurons sauvés. (…) Je m’offre autant que je le puis pour rapprocher vos mains de celles qui vous cherchent dans la nuit. (…) »⁠[79]

On se rappellera aussi, dans la mouvance socialiste, l’opposition farouche du député Jean Jaurès⁠[80] aux velléités de guerre. Le 3 juillet 1914, il est assassiné par un étudiant nationaliste⁠[81]. La gauche y compris nombre de socialistes se rallia alors à l’Union sacrée qui cherchait à rassembler tous les partis au moment du déclenchement de la guerre.

Moins connu, l’abbé Arthur Mugnier⁠[82], ami des écrivains, au nom de sa foi, s’insurge : « Folies que ces avances et ces reculs [sur le front]. Oui il faudrait faire la paix. Et on ne veut pas la faire… Et on préfère la mort de milliers de Français. Mort stérile ! On tue des Français pour la France. On se tue au nom de Dieu »[83]

Sur le plan intellectuel, notons l’œuvre et l’action d’Alfred Vanderpol⁠[84] qui se présente comme un pacifiste catholique nourri de toute la tradition scolastique et traducteur de Vitoria.⁠[85] Dès 1910 il milita en faveur de la paix, au sein de ce qui deviendra la Ligue des catholiques français pour la paix. De 1906 à 1913, il multiplia les conférences à travers la France et suscita la création de ligues semblables en Suisse, en Belgique, en Espagne et en Angleterre. En 1911, il jeta à Bruxelles les bases d’une Ligue internationale des catholiques et, en 1915, il collabora à la création d’un institut appelé Union dont le siège était à Louvain, et qui avait pour mission de restaurer les bases d’un véritable droit international. Après la deuxième réunion, en 1913, la guerre vint balayer tous ces efforts.⁠[86]


1. Et revancharde du côté français jusque dans la littérature populaire et enfantine (cf. ANGENOT Marc , Les idéologies du ressentiment, XYZ Editeur, 1995 ; Le roman populaire. Recherches en paralittérature, Presses de l’Université du Québec, 1975 ; cf. également les albums pour enfants de Hansi alias Jean-jacques Waltz ) et même médicale. (Cf. POIRIER J., Le discours « revanchard » dans la littérature de vulgarisation médicale française de 1870 à 1914, disponible sur:
   http://www.biusante.parisdescartes.fr/sfhm/hsm/HSMx1983x017x003/HSMx1983x017x003x0261.pdf).
2. Ou bien, ils font preuve d’aveuglement ou de nostalgie en préconisant des attitudes complètement anachroniques, obsolètes. Ainsi, le P. Alphonse Gratry (1805-1872), professeur à la Sorbonne et membre de l’Académie française, écrit en 1861 : « Les peuples et les gouvernements doivent renoncer au droit païen de la conquête et reprendre l’idée si simple, si grande et si féconde du moyen-âge, l’idée de république chrétienne, le grand dessein de Henri IV, savoir : intime alliance des nations chrétiennes, suppression de l’Empire ottoman, loyal effort, fait en commun, pour mettre en ordre le monde entier. » (Cité in COMBLIN J., Théologie de la paix, Principes, Editions universitaires, 1960, p. 24) .
3. Le dramaturge COPEAU Jacques (1879-1949) s’exclame à l’époque : « Voilà l’admirable : une nation pacifique et pacifiste victorieuse d’un formidable militarisme, faisant la guerre formidable détruisant la guerre par la guerre ! » (Journal, 13-11-1914, Seghers, 1991, p. 624. Cité in BECKER Annette, Messianismes et héritage de la violence, de 1914 aux années trente, in Théologies de la guerre, p. 60.
4. Le président Woodrow Wilson (1856-1924) dira lors de l’entrée en guerre des États-Unis (1917) : « la guerre qui met fin à toutes les guerres ». (Cf. BECKER A., id.).
5. Le président français Raymond Poincaré (1860-1934) déclare en 1915 : « Il n’est pas un seul de nos soldats, il n’est pas un seul citoyen, il n’est pas une seule femme de France qui ne comprenne clairement que tout l’avenir de notre race, et non seulement son honneur, mais son existence même sont suspendus aux lourdes minutes de cette guerre inexorable. (…) Ce n’est pas en vain que se seront levées en masse de tous les points de France, ces admirables vertus populaires. Laissons-les, laissons-les achever leur œuvre sainte. Elles frayent le chemin à la victoire et à la justice. » (Cité in BECKER A., id.).
6. BECKER A., op. cit., p. 68.
7. Mourre. L’historien précise : « La cause immédiate du conflit fut l’assassinat à Sarajevo par le terroriste serbe Princip, de l’archiduc héritier d’Autriche-Hongrie, François-Ferdinand (28 juin 1914). Mais la Première Guerre mondiale eut des causes plus lointaines ; elle fut l’aboutissement des rivalités impérialistes qui déchiraient l’Europe depuis un demi-siècle. » L’Autriche-Hongrie voulait en finir avec la Serbie qui était le centre de l’agitation slave dans les Balkans ; la Russie était tentée par une guerre de diversion pour étouffer les velléités révolutionnaires ; l’Allemagne liée à l’Autriche était gouvernée par un Guillaume II belliciste et déséquilibré et par sa puissance économique menaçait l’Angleterre ; la France intellectuelle surtout, depuis 1871, était obsédée de revanche exaspérée par des écrivains nationalistes et dirigée à partir de 1913 par le Président lorrain Raymond Poincaré, partisan résolu de la guerre.
8. Cf. COUSTILLAC Mechthild, Message de paix et devoir de guerre. Controverse et débats autour du service armé des pasteurs allemands en 1914-1918, in CAHN, op. cit., pp. 227-240.
9. Durant la guerre de 14-18, « il est arrivé que des juifs allemands demandent expressément à être inhumés sous une croix pour montrer leur attachement à la commune patrie allemande » (CHALINE Olivier, Mesure de la démesure-la première guerre mondiale, in Communio, n° XXXVIII, mai-août 2013, p. 26, n. 14). O. Chaline est professeur d’histoire moderne à l’Université de Paris-Sorbonne.
10. L’écrivain MANN Thomas (1875-1955) ira plus loin. Dans son discours de 1945 « L’Allemagne et les Allemands », puis, en 1947, dans son roman « Docteur Faust », il accuse Luther et la Réforme d’avoir séparé l’Allemagne du reste de l’Europe et de l’avoir soumise au prince et plongée dans les guerres. Il cite ce texte du Réformateur évoquant une guerre défensive décidée par le prince : « Et de ce fait, les sujets ont le devoir d’obéir au péril de leur vie et de leurs biens ; car dans ce cas un chacun doit risquer sa vie et ses biens pour autrui. Et dans une telle guerre il est chrétien et une œuvre de charité de massacrer l’ennemi, de piller et de brûler et de faire tout ce qui peut lui faire tort jusqu’à la victoire, -comme il est d’usage dans les guerres ; il suffira de se garder de commettre des péchés en violant les femmes et les vierges. » (Cf. GENTON François, « …le rustre de Wittenberg n’était pas un pacifiste. » Luther et le IIIe Reich selon Thomas Mann, in CAHN, op. cit., p. 277. Université Grenoble III)
11. Outre que le soldat doit partager le sacerdoce universel des croyants, divers arguments seront avancés : l’Ancien Testament est le « livre de guerre du Dieu vivant » ; la guerre est un châtiment divin, corollaire inéluctable du péché, un instrument d’amour et de paix ; il faut combattre l’égoïsme par le devoir ; c’est l’occasion de renforcer la moralité ses combattants, de connaître mieux l’âme du peuple, de renouer avec les vertus allemandes originelles qui sont aussi des vertus protestantes opposées aux puissances occidentales héritières de la révolution française. Et qu’on ne s’y trompe pas, il ne s’agit pas d’abord d’apporter une assistance spirituelle aux soldats : « face à la mort, le soldat a moins que les autres fidèles besoin de la parole du pasteur ». Enfin, beaucoup reprennent la théorie de la « guerre juste » : la guerre de 14 « remplit tous les critères du ius ad bellum […]. La iusta causa est celle de la légitime défense proclamée par l’empereur Guillaume II, qui avait affirmé publiquement le jour de la déclaration de guerre : « Nous avons été, au sens littéral du terme, assaillis en pleine paix par la jalousie de l’ennemi qui nous entoure ».[…] La recta intentio est celle de défendre les plus hautes valeurs chrétiennes […]. Quant à l’ultima ratio, [c’est] imposer le droit lequel « crée les conditions et nous offre la possibilité d’honorer le message d’amour [de l’évangile] ». La legitima auctoritas est celle de Guillaume II, reconnu non seulement comme autorité légitime, séculière et ecclésiastique, mais au-delà, comme modèle d’honnêteté politique et de vertu chrétienne. Quant à l’espoir d’une issue positive (pax), il est, évidemment, de rigueur en 1914. » (COUSTILLAC Mechthild, op. cit., p. 232).
12. 1858-1945, juriste et historiographe.
13. Cité in COMBLIN J., Théologie de la paix, Principes, Editions universitaires, 1960, p. 20, note 27.
14. Cité in COMBLIN J., Id., p. 21, note 28.
15. 1882-1962.
16. Cité in BECKER A., op. cit., p. 62. En 1918, sont publiées en Allemagne des lettres de soldats. Elles sont republiées en 1933 avec cette présentation : « En ces jours où l’Allemagne rajeunit et se rallie aux valeurs et à la rénovation nationales, une édition populaire des lettres de guerre d’étudiants morts au combat apparaît comme une mission patriotique. Car ce sont eux qui, les premiers, ont fait l’expérience, annoncé par avance et vécu cette pensée de la rénovation morale nationale dans la bataille, l’horreur, et le consentement à la mort (…) Ces lettres nous donnent le pouvoir de fonder dans la réalité cette patrie idéale, que leurs auteurs ont montrée comme à regret, pour lequel ils ont donné leur vie. Ces homme tôt tombés ont témoigné par leur sang non pas d’une Allemagne perdue mais bien d’une Allemagne nouvelle, dont nous voulons être les créateur et les citoyens ».(Id..)
17. 1858-1946. 
18. Sermon du premier dimanche de l’Avent 1915 à Westminster. Cité in BECKER A., op. cit., p. 61.
19. 1841-1914.
20. Cité in COMBLIN J., op. cit., p. 20, note 27.
21. COMBLIN J., J. Comblin, id., p. 31.
22. 1863-1948. En 1893, il fonde la Revue thomiste. À partir de 1900, il est professeur de philosophie morale à l’http://fr.wikipedia.org/wiki/Institut_catholique_de_Paris[Institut catholique de Paris
23. Le 10-12-1917.
24. Cité in COMBLIN J., op. cit., pp. 21-22, note 28.
25. Cité in CHALINE Nadine-Josette, Le clergé et la nation en guerre, in Communio, n° XXXVIII, mai-août 2013, p. 37.
26. Dit Jacques Péricard (1876-1944) journaliste, écrivain catholique nationaliste.
27. Cité in BECKER A., op. cit., p. 62.
28. « Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles
   Couchés dessus le sol à la face de Dieu. » (Eve)
29. TEILHARD de CHARDIN P., Genèse d’une pensée, Lettres 1914-1919, Grasset, 1961, p. 237, lettre du 15-2-1917.
30. 1883-1914.
31. Il s’agit surtout de L’Appel des armes, Paris, G. Oudin, 1913 et de deux livres posthumes : Le Voyage du centurion, préface de Paul Bourget, Paris, L. Conard, 1916 et Les Voix qui crient dans le désert. Souvenirs d’Afrique, préface du général Charles Mangin, Paris, L. Conard, 1920.
32. Le 22 août 1914 à Rossignol (commune de Tintigny) où il est enterré.
33. 1753-1821. Nous nous attacherons ici au chapitre De la guerre in Les soirées de Saint-Pétersbourg, ou Entretiens sur le gouvernement temporel de la providence, Librairie de la Bibliothèque nationale, 1895. L’ouvrage est conçu comme un dialogue entre un sénateur, un comte et un chevalier. L’ouvrage est intitulé Les soirées de Saint-Pétersbourg dans la mesure où ce Savoisien avait fui jusqu’en Russie l’invasion française de la Savoie en 1792.
34. Op. cit., pp. 125-128.
35. Id., p. 131.
36. Id..
37. ROUSSEAU Jean-Baptiste (1670-1741), Odes, Livre IV, VIII A la Paix in op. cit., p. 128.
38. MAISTRE Joseph de, op. cit., p. 130.
39. Id., p. 133.
40. Et l’auteur d’énumérer toutes les facettes de ce caractère divin : elle « est divine par ses conséquences d’un ordre surnaturel (…) dans la gloire mystérieuse qui l’environne et dans l’attrait non moins inexplicable qui nous y porte (…) dans la protection accordée aux grands capitaines (…) par la manière dont elle se déclare (…) dans ses résultats qui échappent absolument aux spéculations de la raison humaine (…) par l’indéfinissable force qui en détermine les succès. (op. cit., pp. 133-135).
41. Id., p. 133.
42. Id., p. 134.
43. Id., p. 138.
44. Id., p. 145.
45. 1815-1880.
46. BLANC de SAINT-BONNET A., La douleur, Société générale de Librairie catholique, 1878.
47. La douleur, pp. 50-51, note 1.
48. Id., p. 50, note 1.
49. Id., pp. 38-39.
50. Id., pp. 50-51.
51. 1797-1863.
52. Servitude et grandeur militaires (1835), Imprimé pour les amis du Livre, 1885, Livre II, chap. 1, p. 85. 
53. Id., pp. 87-88.
54. L’Appel des armes, Ed. L. Conard, 1945, p. 270.
55. Les Voix qui crient dans le désert, Ed. d’aujourd’hui, Les Introuvables, 1984, p. 206.
56. Id., p. 198.
57. Lettre à l’abbé Tournebise, in La Croix, 9739, 11-12-1914. Citée par DUFOUR Frédérique, Soldat de France, soldat du Christ : la justification divine de l’armée chez Ernest Psichari, in Théologies de la guerre, Ed. de l’Université de Bruxelles, 2006, p. 53. Agrégée d’histoire, diplômée de l’Institut d’Etudes politiques de Paris, elle a publié Ernest Psichari, l’ordre et l’errance, Cerf, 2001.
58. MARITAIN J. explique que « Psichari (…) devait se rendre compte assez vite de l’absurdité qu’il y avait à chercher dans la « mystique » militaire l’équivalent d’une religion, et ce qu’il faut à l’homme pour vivre et pour mourir. Etant donné pourtant son histoire individuelle , on comprend pourquoi il a dû passer par ce stade et pourquoi son apologie du soldat ne devait pas se placer à un point de vue positif et extérieur de réalisme politique et social, mais du point de vue du réalisme de l’âme, au point de vue de l’héroïsme, et de la conquête de l’ordre intérieur. » (Antimoderne, Ed. de la Revue des jeunes, 1922, p. 223).
59. Les Voix qui crient dans le désert, op. cit., p. 207.
60. Lettre à J. Maritain, 17-8-1913. (Citée par DUFOUR Fr., op. cit., pp. 54-55).
61. Cité par MASSIS H., La vie d’Ernest Psichari, Librairie d’art catholique, 1916, p. 53. (Cité in DUFOUR Fr., op. cit., p. 55). Comme le héros de son livre Les Voix qui crient dans le désert, il peut dire : « Je ne pouvais qu’appeler à mon aide le Dieu des armées et le supplier de se manifester à moi. » (op. cit., p. 198).
62. Citée par DUFOUR Fr., op. cit., p . 55.
63. Id..  
64. 1852-1935. 
65. MARITAIN Jacques (La Croix, 20-1 et 3-2-1915) cité in DUFOUR F., op. cit ., p. 46-47. 
66. BARRES M., Mes Cahiers, 1896-1923, Plon, 1957, p. 130, cité in DUFOUR F., op. cit., p. 47.
67. Lettre à Henriette Psichari, in DUFOUR F., op . cit., p. 48. H. Psichari était une des sœurs d’Ernest.
68. Propiner n’existe pas en français. To propine existe en anglais. Ce verbe vient du latin propinare : « présenter une coupe dans laquelle on a bu, offrir à boire, offrir.
69. Par sa mère : Cornélie Renan.
70. La Nuit de Noël 1914.
71. 1859-1936.
72. Lettre au cardinal Billot, 23-8-1918, cité in DUFOUR F., op. cit., p.47.
73. Cité in DUFOUR F., op. cit., p. 50.
74. CHALINE Olivier, 14-18, défense ou autodestruction de la civilisation ? in Communio, n° XXXVIII, 3-4, mai-août 2013, p. 12.
75. Il faut signaler un auteur intéressant dans sa démarche : NORTON CRU Jean (1879-1949 ) auteur de Témoins. Essai d’analyse et de critique des souvenirs de combattants édités en français de 1915 à 1928, Les Etincelles, 1929 réédité en 2006 par les Presses universitaires de Nancy. Son idée : pour construire la paix, il faut représenter la guerre avec exactitude. Pour cela, il confronte 300 ouvrages et 250 acteurs et témoins de la grande guerre pour notamment « montrer que la guerre ne ressemble pas à ce que nous disent les écrivains et journalistes […], ni à ce que nous montrent les artistes […] La guerre n’est pas belle ; elle est laide, elle est horrible » (cf. CAZALS Rémy, Représenter la guerre avec véracité pour construire la paix : Jean Norton Cru et 14-18, in CAHN, op. cit., pp. 187-197) (R. Cazals est professeur à l’université de Toulouse II)
76. 1888-1952. Disciple d’Alain.
77. Cité in BECKER A., op. cit., p. 63.
78. 1866-1944. Disciple de Tolstoï et des philosophes pacifistes de l’Inde. Il se trouve en Suisse lors de la déclaration de la Première Guerre mondiale qui, à ses yeux, est un « suicide » pour l’Europe. Il y demeure, s’engage au sein de la Croix-Rouge et publie des pamphlets qui visent tous les belligérants (Au-dessus de la mêlée). Il sera considéré comme tr aître par les nationalistes français. Notons, qu’en raison de son âge, Romain Rolland n’était pas mobilisable.
79. Lettre à Jeanne Halbwachs, mai 1915, citée in BECKER A., op. cit., p. 63. Jeanne Halbwachs était l’épouse de Michel Alexandre, Sa femme était militante socialiste, féministe et « pacifiste intégrale » (Cf. WEIS Cédric, Jeanne Halbwachs, une pacifiste intégrale, Presses de l’Université d’Angers, 2005).
80. 1859-1914.
81. Raoul Villain (1885-1936) est incarcéré en attente de son procès durant toute la Première Guerre mondiale. Dans un contexte nationaliste, il est acquitté lors de son procès par un jury populaire, après une courte délibération, par onze voix contre une, le 29 mars 1919. La veuve de Jaurès, partie civile, est condamnée aux dépens. Il sera fusillé par les anarchistes espagnols à Ibiza où il s’était installé.
82. 1853-1944.
83. Journal, 28-5-1916, cité in DUFOUR Fr., op. cit., p. 56, note 18.
84. 1854-1915.
85. Droit de guerre d’après les théologiens et les canonistes du moyen âge, Tralin, 1911, ;  La guerre devant le christianisme, A. Tralin, 1912 ; La doctrine scolastique du droit de guerre, Pedone, 1919.
86. Cf. le compte-rendu de BODET M.. sur le livre de VANDERPOL Alfred, La doctrine scolastique du droit de guerre, in Revue d’histoire de l’Église de France, 1921, vol. 7, n° 34, pp. 59-63.