⁢ii. Le bien commun comporte trois éléments essentiels

« Il suppose, en premier lieu, le respect de la personne en tant que telle. Au nom du bien commun, les pouvoirs publics sont tenus de respecter les droits fondamentaux et inaliénables de la personne humaine. La société se doit de permettre à chacun de ses membres de réaliser sa vocation. En particulier, le bien commun réside dans les conditions d’exercice des libertés naturelles qui sont indispensables à l’épanouissement de la vocation humaine : « Ainsi : droit d’agir selon la droite règle de sa conscience, droit à la sauvegarde de la vie privée et à la juste liberté, y compris en matière religieuse[1]. »[2]

Nous avons longuement médité, dans la première partie, l’indispensable référence aux droits et devoirs de la personne et cette réflexion s’est prolongée dans la deuxième et la troisième partie tant il est fondamental de construire la société, dans tous ses aspects, autour de la personne créée à l’image et à la ressemblance de Dieu⁠[3]. Cette dignité particulière et cette place centrale de tout homme entraîne la mise en œuvre de la participation et l’application de la subsidiarité à travers des corps intermédiaires dynamiques aussi divers que les activités humaines possibles.

« En second lieu, le bien commun demande le bien-être et le développement du groupe lui-même. Le développement est le résumé de tous les devoirs sociaux. Certes, il revient à l’autorité d’arbitrer, au nom du bien commun, entre les divers intérêts particuliers. Mais elle doit rendre accessible à chacun ce dont il a besoin pour mener une vie vraiment humaine : nourriture, vêtement, santé, travail, éducation et culture, information convenable, droit de fonder une famille, etc.. »[4]

Ce deuxième aspect suggère encore l’importance des corps intermédiaires et nous avons, précédemment, longuement parlé de la famille et de l’éducation et touché à la question culturelle. Par la suite, tout ce qui tourne autour du travail sera longuement abordé⁠[5] et nous reviendrons sur le problème de la culture et de l’information. « Le bien commun implique enfin la paix, c’est-à-dire la durée et la sécurité d’un ordre juste. Il suppose donc que l’autorité assure, par des moyens honnêtes, la sécurité de la société et celle des ses membres. Il fonde le droit à la légitime défense personnelle et collective ».⁠[6]

Toute une partie sera consacrée à la construction de la paix, à l’intérieur des nations et entre elles, et à tout ce qu’elle implique, y compris le développement des peuples⁠[7] et l’établissement de communautés et d’institutions internationales, que le Catéchisme présente sous l’étiquette du  »bien commun universel ». En effet, explique-t-il, « les dépendances humaines s’intensifient. Elles s’étendent peu à peu à la terre entière. L’unité de la famille humaine, rassemblant des êtres jouissant d’une dignité naturelle égale, implique un bien commun universel. Celui-ci appelle une organisation de la communauté des nations capable de « pourvoir aux divers besoins des hommes, aussi bien dans le domaine de la vie sociale (alimentation, santé éducation…​), que pour faire face à maintes circonstances particulières qui peuvent surgir ici ou là (par exemple : subvenir aux misères des réfugiés, l’assistance aux migrants et à leurs familles…​)[8] ».⁠[9]


1. GS, 26, §2.
2. CEC, n° 1907.
3. « Le respect de la personne humaine implique celui des droits qui découlent de sa dignité de créature. Ces droits sont antérieurs à la société et s’imposent à elle. Ils fondent la légitimité morale de toute autorité: en les bafouant, ou en refusant de les reconnaître dans sa législation positive, une société mine sa propre légitimité morale. Sans un tel respect, une autorité ne peut que s’appuyer sur la force ou la violence pour obtenir l’obéissance de ses sujets. Il revient à l’Église de rappeler ces droits à la mémoire des hommes de bonne volonté, et de les distinguer des revendications abusives ou fausses » (CEC, n° 1930).
4. Id., n° 1908.
5. « L’activité économique, en particulier celle de l’économie de marché, ne peut se dérouler dans un vide institutionnel, juridique et politique. Elle suppose que soient assurées les garanties des libertés individuelles et de la propriété, sans compter une monnaie stable et des services publics efficaces. Le devoir essentiel de l’État est cependant d’assurer ces garanties, afin que ceux qui travaillent puissent jouir du fruit de leur travail et donc se sentir stimulés à l’accomplir avec efficacité et honnêteté. (…) L’État a le devoir de surveiller et de conduire l’application des droits humains dans le secteur économique ; dans ce domaine toutefois, la première responsabilité ne revient pas à l’État mais aux institutions et aux différents groupes et associations qui composent la société » (CA, 48).
6. Id., n° 1909.
7. Nous y aborderons aussi le problème de la démographie. En effet, « l’État est responsable du bien-être des citoyens. A ce titre, il est légitime qu’il intervienne pour orienter la démographie de la population. ». (CEC, n° 2372). Nous verrons de quelle manière.
8. GS, 84, §2.
9. CEC, n° 1911.
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