⁢vi. qu’en est-il de l’universalisme biblique ?

Dès la Genèse, il apparaît que le message est universel. Dieu est le Dieu de tout, créateur et Seigneur de tout, « roi des nations »[1] : « La Bible est une histoire universelle, c’est-à-dire l’histoire de toutes les choses que Dieu a faites. Que cette histoire paraisse se restreindre (…) et se concentrer autour du destin d’un petit peuple, ne lui enlève pas sa portée universelle. Au contraire, cela ne fait que consacrer le rôle de ce peuple et lui donner une envergure mondiale. »[2] qu’ils le veuillent ou non, tous les hommes ont été créés par Dieu, frères d’un même Père, et sont embarqués dans son dessein : « Des cieux, le Seigneur regarde et voit tous les hommes. Du lieu où il siège, il observe tous les habitants de la terre, lui qui leur modèle un même cœur, lui qui est attentif à toutes leurs œuvres ».⁠[3] Le monothéisme affirmé est universaliste. Dieu n’est pas simplement le Dieu d’Israël, il est le Dieu de toutes les nations : « N’est-ce pas moi le Seigneur, et nul autre n’est Dieu, en dehors de moi ; un dieu juste qui sauve, il n’en est pas, excepté moi ! Tournez-vous vers moi et soyez sauvés, vous, tous les confins de la terre, car c’est moi qui suis Dieu Il n’y en a pas d’autre. »[4] « Tous, dans toutes les nations de la terre entière, reviendront et craindront Dieu en toute vérité. Tous abandonneront leurs idoles trompeuses qui les faisaient s’égarer dans leur erreur et ils béniront le Dieu des siècles dans la justice. »[5] Mais le rassemblement final ne sera pas simplement l’œuvre des hommes. S’ils sont invités à y travailler, c’est Dieu qui convoque l’ultime pèlerinage. Son empire remplacera les empires orgueilleux des hommes.⁠[6]

L’élection d’Israël implique, en effet, un service.  Le récit de l’élection d’Abraham se termine par cette promesse : « Et toutes les familles de la terre seront bénies en toi. »[7] Israël a une mission parmi les nations. Ce peuple est choisi en vue du salut de tous.⁠[8] A part des autres nations, Israël, éduqué par les prophètes, doit progressivement se détacher des pratiques des autres nations et représenter la sainteté⁠[9] : « Dieu donne la paix au monde par le choix qu’il fait d’un peuple auquel il enseigne la paix »[10] pour que ce peuple enseigne la paix au monde en vivant selon les mœurs de Dieu.⁠[11]

Mais comment tout cela se fera-t-il ?


1. Jr 10, 7.
2. COMBLIN J., op. cit., p. 117.
3. Ps 33, 13-16. 
4. Is 45, 21-22.
5. Tb 14, 6.
6. Cf. Dn 7, 13-14 : « Je regardais dans les visions de la nuit, et voici qu’avec les nuées du ciel venait comme un Fils d’Homme ; il arriva jusqu’au Vieillard , et on le fit approcher en sa présence. Et il lui fut donné souveraineté, gloire et royauté : les gens de tous les peuples, nations et langues le servaient. Sa souveraineté est une souveraineté éternelle qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera jamais détruite. »
7. Gn 12, 3.
8. Ce caractère est nettement présent dans le livre d’Isaïe à propos du Serviteur de Dieu : « C’est moi le Seigneur, je t’ai appelé selon la justice, je t’ai tenu par la main, je t’ai mis en réserve et je t’ai destiné à être l’alliance du peuple, à être la lumière des nations, (…). » (Is 42, 6) ; « Il m’a dit : « C’est trop peu que tu sois pour moi un serviteur en relevant les tribus de Jacob, et en ramenant les préservés d’Israël ; je t’ai destiné à être la lumière des nations, afin que mon salut soit présent jusqu’à l’extrémité de la terre ». » (Is 49, 6) .
9. Cf. Gn 18, 18-19 : « Abraham doit devenir une nation grande et puissante en qui seront bénies toutes les nations de la terre, car j’ai voulu le connaître afin qu’il prescrive à ses fils et à sa maison après lui d’observer la voie du Seigneur en pratiquant la justice et le droit (…) ».  Lv 18, 3 : « Ne faites pas ce qui se fait au pays d’Égypte, où vous avez habité ; ne faites pas ce qui se fait au pays de Canaan, où je vais vous faire entrer ; ne suivez pas leurs lois ; mettez en pratique mes coutumes et veillez à suivre mes lois. »
10. COMBLIN J., op. cit., p. 113. Ce peuple sera infidèle  et son élection nourrira souvent un nationalisme plutôt qu’un universalisme. Dieu se servira des autres nations pour châtier cette infidélité et il faudra que Dieu mette à part, à nouveau, au sein du peuple, un petit reste pour témoigner de son projet. N’empêche qu’Israël aura, malgré ses fautes, préparé un terreau fertile, une relative sainteté qui tranchera quand même sur les mœurs païennes.
11. J. Comblin précise que si Israël a une mission vis-à-vis des nations païennes, celles-ci ont aussi un rôle à jouer dans le dessein de Dieu : purifier Israël de ses infidélités. (Op. cit., p. 118). Toutes les nations ont une origine commune. Comme le montre la généalogie des nations (Gn 10), par Noé, elles découlent toutes du couple initial et sont toutes appelées à retrouver l’unité à la fin de l’histoire : « Aussi, je vous le dis, beaucoup viendront du levant et du couchant prendre place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des cieux, tandis que les héritiers du Royaume seront jetés dans les ténèbres du dehors : là seront les pleurs et les grincements de dents. » (Mt 8, 11). Les Juifs qui n’auront pas cru au Christ verront les païens prendre leur place (Bible de Jérusalem, p. 1425, note d).
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