Conclusion

New-York et le Sinaï

Peut-être faudrait-il relire ce qu’écrivait ce rabbin : « Aussi paradoxal que cela puisse paraître, […] en ce début de XXIe siècle, ce sont les dix paroles bibliques qui réactualisent les droits de l’Homme. »[1]

Pour donner un avenir aux droits de l’homme, c’est-à-dire à l’homme, à sa croissance d’être créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, le chemin tracé à New-York en 1948 doit aller au Sinaï, passer par la montagne pour entendre si possible le Sermon⁠[2] avant de revenir à la presqu’île de Manhattan…​

La Déclaration de 1948 « exprime l’idéal commun à atteindre » ; des « mesures progressives d’ordre national et international » doivent être prises car « on n’est pas encore parvenu au terme du chemin à parcourir, comme en témoignent les nombreux travaux des Commissions « ad hoc », instituées pour préciser l’application des principes, pour élaborer des instruments juridiques adéquats et pour examiner les violations des droits de l’homme partout où elles se produisent ». De plus, il faut « que les responsables de la vie publique agissent avec une détermination renouvelée ».

L’Église, pour sa part, « a reçu de son fondateur Jésus-Christ le devoir de proclamer l’égale dignité de toutes les personnes en tant qu’enfants de Dieu » et tient à « réaffirmer les fondements transcendants des droits humains et d’encourager las actions dynamiques menées en notre temps pour promouvoir ces droits » qui « sont fondés en Dieu Créateur »[3].

La nécessaire conversion

S’il faut revoir le discours sur les droits de l’homme, le compléter, le préciser, l’approfondir, s’il faut aussi, évidemment, que les autorités compétentes fassent respecter ces droits, avec une détermination renouvelée, il ne faut pas oublier que la meilleure autorité est celle de la conscience : « …​les normes juridiques que l’on a soigneusement formulées et solennellement proclamées ne suffisent à assurer la dignité de personnes humaines. Il faut aussi que les hommes se convertissent dans leur cœur, qu’ils se renouvellent dans la charité du Christ et qu’ils s’efforcent de vivre selon les exigences de la justice sociale et des impératifs moraux, dont ils auront pris conscience dans leur retour à Dieu »[4]. Sans cela, toutes les déclarations du monde, aussi solennelles, aussi parfaites soient-elles n’empêcheront aucun crime. Notre époque le prouve : jamais on n’a tant parlé de ces droits et jamais peut-être n’ont-ils été autant ni aussi massivement transgressés et contestés. Une déclaration de droits, une constitution sont révisables. La constitution irlandaise est exemplaire à maints égards. Elle s’ouvre sur l’invocation de la Sainte Trinité et du Seigneur Jésus-Christ. Elle peut être considérée dans les chapitres « sensibles » comme la traduction constitutionnelle la plus parfaite de l’enseignement social chrétien en ce qui concerne la famille, l’éducation, la propriété ou la religion. Mais en 1995, un referendum introduisait le divorce dans la législation. Les esprits évoluent, en bien ou en mal. Si les consciences ne sont pas convaincues, elles modifieront bien des articles encore.

On ne peut faire l’économie de la préparation purificatrice que nous propose l’Ancien Testament, notamment à travers les fameux commandements⁠[5]. Ils représentent l’exigence minimale, raisonnable, de toute vie en société, en deçà de laquelle la barbarie s’installe Nous l’expérimentons chaque jour, hélas, Il ne faut pas sous-estimer l’universalité de cette loi mosaïque. Tout impérative et négative soit-elle, elle me parle directement au fond de ma conscience : le « tu » s’adresse bien à moi et m’interpelle plus personnellement que « l’homme » ou « le citoyen » universel auquel la volonté humaine ou mieux l’espoir d’une assemblée humaine veut m’identifier.

On ne peut non plus faire l’économie du chemin de sanctification révélé par le Nouveau Testament, indispensable à la simple humanisation des rapports humains. Le « commandement nouveau », et le sermon sur la montagne⁠[6] me donnent la clé du bonheur : c’est l’amour de Dieu qui seul me permettra de vivre comme il convient avec les autres hommes.

Si je suis pénétré de l’amour de Dieu, abandonné à son amour, voué à aimer comme il aime, je n’ai plus besoin d’aucune loi : le Christ est ma loi, ma constitution et ma déclaration universelle⁠[7]. Davantage encore : il est ma vie et mes œuvres. Evangéliser est le plus grande œuvre de justice sociale et économique, la plus grande œuvre de libération politique, la plus urgente, la plus efficace qui soit si l’on prend la peine d’y réfléchir et d’en tirer toutes les conséquences pratiques.


1. Gilles Bernheim, Grand Rabbin de France, sur KTO, 5-3-2012.
2. Mt 5-7.
3. JEAN-PAUL II, Message pour le XLème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, 6-12-88, OR n° 50, 13-12-88, p. 4.
4. La dignité et les droits de la personne humaine, Thèses de la Commission théologique internationale, op. cit., p. 389. Léon XIII à propos de l’esclavage déclarait de même : « L’action de l’Église, éducatrice et moralisatrice par excellence, est indispensable…​ ; il serait vain d’abolir la traite, les marchés et la condition servile elle-même, si les esprits et les coutumes restent barbares » (Allocution du 2-5-1891)
5. Cet aspect libérateur des « 10 commandements », est de mieux en mieux mis en évidence aujourd’hui. Le grand théologien protestant LOCHMAN Jan Milic n’hésite pas à présenter le Décalogue comme « une charta magna de la libération ». Il montre aussi que ce message va bien « de Dieu à l’autre ». Mais, en même temps, cette morale « excentrée », qui me « sort » de moi-même, « ne se traduit pas par une perte d’identité, tout au contraire. Elle est appropriation de l’histoire de notre vie personnelle et collective, dans un combat pour une liberté qui ne se referme pas sur elle-même, mais qui cherche et qui trouve sa plénitude vivante coram Deo et proximo, face à Dieu et au prochain. car « qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera » (Mc 8, 35). Telle est la voie que nous indique le Décalogue » ( Faut-il encore parler des commandements ? Cerf, 1981, p. 24 et p. 190.)
6. J.-L. Bruguès ( Bruguès) précise qu’il serait absurde de penser que les béatitudes enseignées au début du [[QuickMark]]Sermon « dépassent le décalogue et se substituent à lui. Explication concrète de l’amour de Dieu et du prochain, les commandements sont insurpassables. Les béatitudes ne contiennent aucun précepte ; elles donnent un esprit et une tonalité de base, en dehors des quels tout l’Évangile sonnerait faux (…). Il faut les replacer dans l’ensemble du Sermon sur la montagne ». Et celui-ci « doit caractériser (…) la pratique chrétienne ». Nous y reviendrons évidemment dans le volume consacré à l’action « politique » des chrétiens.
7. Il est symptomatique de constater qu’aujourd’hui, dans l’occident déchristianiser, les lois se sont multipliées et complexifiées, que les services de police et de contrôle divers sont hypertrophiés. Il ne suffit pas d’invoquer l’abondance des problèmes nouveaux et difficiles que la société moderne engendre, il faut aussi reconnaître que le juridisme et la coercition doivent de plus en plus remplacer la conscience des hommes devenue paresseuse ou distraite. pensons un instant à l’économie d’efforts, de temps, de personnes, de législation, de procès et d’argent que l’on réaliserait si tout simplement la parole donnée, devant Dieu ou sur l’honneur, était respectée parce que sacrée…​.
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